Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Potron minet


Peut-il faire nuit et jour en même temps ?

Quand le jour se dévêt de ses habits de deuil,
Qu’on voit poindre au-dehors le cul de l’écureuil, (1)
Que Phébus, engourdi, sort des bras de Morphée,
Sa corolle à rayons encore ébouriffée,
Qui donnerait raison en cet instant précis
À l’adage disant que tous les chats sont gris ?

Comme le malfaiteur qui le visage s’ombre,
Un chartreux (2) déguisé sortait de la pénombre.

La nuit portant conseil il s’était, dans le noir,
Peinturluré de vert pour comprendre et savoir
Si, tel eut Schrödinger (3) un minet comme apôtre,
Il était vert et gris ou bien soit l’un soit l’autre.

Pendant l’obscurité son ami, le mâtin,
Avait monté la garde avec l’espoir certain
De pouvoir distinguer le teint jade superbe,
Mais on ne put hélas ! qu’avérer le proverbe.

Eut-il été chat noir, chacun aurait compris
Qu’il jouait de malchance avec les coloris.
Mais non. Nul gris soumis aux ténèbres intenses
Ne pouvait se nacrer de cinquante nuances.
Mais dès qu’Apollon vint sur Terre officier, On vit potron-minet verdir en nuancier, Car le soleil rasant des heures matinales Offrait son rayon vert aux teintes vespérales. À cet instant précis, ce diable de félin Jura ne plus chercher à faire le malin. (1) Il est bon de savoir que dans le premier jet On dit “cul d’écureuil” avec poitron-jacquet. (2) Chat de couleur bleu-gris, rustique et pantouflard, M’a paru convenir comme parfait nuitard. (3) Problème de pensée au nom de ce savant Pour savoir si le chat est soit mort, soit vivant.

2 commentaires sur “Potron minet

  1. Anne de Louvain-la-Neuve
    13 novembre 2017

    Fallait oser les cinquante nuances de gris ! Bon, fan de toujours, je ne peux que sourire devant ce nouveau tour ! Brav…oure.

    J'aime

    • pich24
      14 novembre 2017

      C’est très gentil à vous. Votre fidélité me touche.
      En ce qui me concerne, c’est le genre d’écrit qui passe de justesse. Je le trouve bien, mais « à la limite » seulement… Je me suis un peu trop dispersé. J’aurais dû faire une fable sur le chat de Schrödinger, et une sur le potron-minet, ç’aurait été plus clair. Je trouve enfin que la fin est écorchée vive. (il me fallait finir autour du 30eme vers).
      Merci encore. Vous me donnez l’occasion de publier un peu d’auto critique.

      J'aime

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Cette entrée a été publiée le 11 novembre 2017 par dans Félin, et est taguée .
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