Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Le plancher des vaches


Les vaches sont des animaux de la (terre) ferme.

Dans un pré de cambrousse au beau milieu du Cher
On prétend qu’une vache avait le mal de mer.
On soigne moins ce mal que l’on ne s’en désole ;
Prions qu’on ne l’ait pris pour une vache folle.

Pour le grand désarroi des cris de son mugir,
La pauvre ruminait sans jamais déglutir ;
Pour dire que restaient dans le fond de sa panse
De l’aigreur, de la bile et de la flatulence.

Or, nul dans le bétail oeuvrant à désherber
N’eut songé que le sol puisse se dérober :
Son bœuf-frère disait : « Ça provient de la tête ! »
Alors que tout son corps vibrait sous la tempête.
« Vague à l’âme. C’est tout ! » lui beuglaient ses consoeurs,
Quand la houle du pré lui chantait « haut les cœurs ! »
« A-t-on le pied marin quand on a pied à terre ? Puisqu’elle pâtit là, qu’elle parte en croisière ! » L’envoyant paître ailleurs, déclare le vacher Qui la met sur les Flots pour changer de plancher. Ce fut un pis aller pour cette berrichonne Qui mugit des sanglots de violons d’automne, Car, en mer, tout, mais tout, allant de mal en pis, Son trouble chavira sur le mal du pays. Ah ! Retourner chez soi sur le plancher des vaches ! Elle fut ramenée au port de ses attaches Qui la trouva guérie, au nom du moindre mal, Sous le doux bercement de son berceau natal.
Il suffit quelquefois de connaître le pire Pour voir que ce qu'on a devrait bien nous suffire.

5 commentaires sur “Le plancher des vaches

  1. Anne de Louvain-la-Neuve
    8 septembre 2017

    Non, je faisais référence au bon Cyrano, celui décrit et mis en scène par Rostand, himself, voyez-vous, à qui je vous compare ! Ben oui, quoi ! pour le plaisir de vous lire et de sourire… (c’est vrai qu’à part la tirade des nez, on ne sourit guère dans Cyrano mais le plaisir est pourtant là). Si, si, j’y tiens à vos rimes que je déguste…

    Aimé par 1 personne

  2. Anne de Louvain-la-Neuve
    6 septembre 2017

    Que voilà la leçon de cette troublionne, vous me l’avez bien dit, qu’elle était berrichonne, rien de tel que l’ailleurs pour vous faire regretter ce qui est antérieur. Ach, le plancher des vaches, Cyrano comme vous, le dit avec panache !

    J'aime

    • pich24
      8 septembre 2017

      Merci pour ces commentaires rimés si fluides et riches d’enseignement.. C’est un véritable plaisir de les avoir au bas de mes textes.
      Votre référence à Cyrano m’a d’abord fait tiquer jusqu’à ce que j’apprenne qu’elle concernait deux Cyrano, mais pas le plus connu. Ach !
      Savinien l’écrivit et Jean le chanta, ce plancher bovin. Merci pour la découverte.

      J'aime

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Cette entrée a été publiée le 6 septembre 2017 par dans Bovidé, Ruminant, et est taguée .
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