Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

L’agneau et le loup


Inversion des rôles, et du titre (mais j’ai gardé les rimes).

La raison du plus faible est parfois la meilleure,
Nous l’allons, sur-le-champ, vérifier sur l’heure :

Un loup frappé de soif qui se désaltérait
Vit passer un agneau vêtu de laine pure ;
Sans doute un signe encor de mauvaise aventure,
Car malchance et malheur le pauvre s’attirait.

« Holà ! dit l’agnelet. Fais fi de ce breuvage.
Une goutte suffit pour contracter la rage !
Je connais ta bravoure et ta témérité,
Mais la rage s’en prend même à la majesté. »

Le loup, recrachant tout, ravale sa colère ;
L’agneau n’est pas d'un sort tel qu’il le considère.
Nul danger ne sourdait quand, se désaltérant,
Ce sauveur l’a soustrait d’un funeste courant.

Rends justice à ta chance afin d’éviter qu’elle
Te joue, on ne sait quand, des tours à sa façon.
Pense-t-il en voyant l’agnel prendre boisson
De cette eau qui conduit vers une mort cruelle.

« Comment ? N’as-tu pas dit juste à l’instant passé
Que cette onde laissait le regret d’être né ? »

« Mais l’ai-je juré sur la tête de ma mère ?
J’ai peut-être menti comme on ment à son frère :
L’Homme dit que ce mal touche parfois les tiens ;
Mais je sais qu’il le dit car il ne t’aime guère,
Te croyant plus douillet que ne le sont les chiens. »

Et, de rage, le loup, en bête qui se venge,
S’étanche en boit-sans-soif dans ces eaux et forêts ;
Une heure juste après il bave sans qu’il mange,
La malchance ou le sort ont gagné leur procès.


En VO :


La raison du plus fort est toujours la meilleure.
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l’Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’elle ;
Et que par conséquent en aucune façon
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?
Reprit l’Agneau, je tète encor ma mère,
Si ce n’est toi, c’est donc ton frère :
Je n’en ai point. C’est donc quelqu’un des tiens :
Car vous ne m’épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus au fond des forêts
Le Loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

loup_agneau-1

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Cette entrée a été publiée le 31 octobre 2016 par dans Carnivore, Herbivore, et est taguée .
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