Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Colin-maillard


Guerrier hutois, ayant combattu le comte de Louvain au Xe siècle et qui eut les yeux crevés au cours d’une bataille, mais continua à se battre, frappant au hasard tout autour de lui.

Cela fait presque un mois qu’ils ne labourent plus.
La mer silencieuse est veuve de chaluts
Depuis que les pêcheurs, comme dans un doux rêve,
Du blocus de leurs ports observent une grève.

« Quelle aubaine ! » dit-on dans le monde salin ;
Chez lieus noirs et merlus, famille du colin,
On est tous tout ouïe à cette douceur tendre
Que seuls les vieux ont dû peut-être un jour entendre.
colin 1« Ce calme semble impec pour un jeu de plein air ! » Suggère un colineau qui rêve d’outre-mer. « À chat perché ! » dit-on. « À bataille navale ! » Aux voix, colin-maillard décrocha la timbale. On pose le foulard aux yeux d’un colinet Qui sitôt trouve un frère et qui le reconnaît ; On glousse, on hurle, on rit, et tous ces cris de joie Parviennent à l’abyme à des poissons de proie.
colin 2Poissons dont l’appétit n’est pas si délicat Pour voter une grève ou suivre un syndicat. Dans ce tohu-bohu de silence d’hélices Le colin au foulard suit de mauvais auspices : Sa bande s’est taillée en voyant le danger — Qui sait à quelle sauce il viendra le manger — Or que lui suit la règle en chasseur de sosie. Imaginez-le quand il fouille sa saisie ! « Eh ! Grand-mère ! dit-il. Vous avez grandes dents ! » « C’est pour mieux m’entraîner à croquer les perdants ! »

3 commentaires sur “Colin-maillard

  1. zoé pivers
    25 avril 2016

    Ils n’ont pas de bras, dites-vous… Je me suis faite avoir comme une bleue ! Génial ! Mais j’ai l’explication, la nature n’aimant pas le vide, à ce qu’il parait… Voyant que le poste d’esprit critique était vacant mon cerveau a envoyé l’imagination boucher le trou 🙂

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  2. pich24
    25 avril 2016

    On a d’autant plus de facilités que le sujet est bon . Et là, avec ce colin maillard qui tombe tout cuit, l’histoire vient d’un coup. Le plus drôle, c’est qu’ils n’ont pas de bras, et le plus dur c’est de faire en sorte que le lecteur ne s’en souvienne pas.
    La grève des pêcheurs est anecdotique ; j’ai juste cherché à donner un temps de vacance aux poissons pour qu’ils puissent s’adonner au jeu.
    Merci pour le commentaire.

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  3. zoé pivers
    25 avril 2016

    Il n’y a pas que le colin qui déguste ici, mais la position du lecteur est bien plus confortable ! « On est tous tout ou ie  » j’adore, comme cette écriture soignée qui accompagne la légèreté du ton, les jeux de mots et d’esprit. Mais bon ! Un pauvre innocent se fait croquer sous nos yeux, pendant que d’autres au piquet de grève se font voler leur gagne pain, et nous on est là, le sourire béat… Moralité : Nos valeurs ne sont que variables à volonté 🙂
    Merci !

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Cette entrée a été publiée le 25 avril 2016 par dans Gadiforme, Poisson, et est taguée .
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