Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Cette hermine a tort


Ne faisons pas un tas avec des morceaux de bravoure …

Au cœur de la Bretagne, en bocage Argoat,
Vit une belle hermine au soyeux poil blanc mat,
Et ce jeune rongeur, que tout frais, tout étonne,
N’a pas de connaissance en bannière bretonne.

Par contre Karadek, un chasseur assidu,
Est instruit par Diwan du drapeau Gwenn ha Du ; (1)
Et lorsqu’il voit l’hermine à l’albâtre fourrure,
Il voit qu’à son fusil s’offre une moucheture.(2)
hermine 3Mais le Breton se sert de son engin de mort Si mal qu’il va tirer tant à travers qu’à tort. Le bougre est, nonobstant, lesté de chevrotine : De quoi faire éclater la délicate hermine. Pour elle, voilà peu dans le choix de s’enfuir : Seul un marais visqueux s’offre pour déguerpir ; La bête fière, alors, plutôt que la souillure, Va braver le danger : mourir, mais mourir pure ! (3) Ô lecteur, imagine un tableau de boucher ; (4) Le carnage émouvant d’une vie au coucher ; Imagine le rustre armé de sa pétoire Visant un être armé d’une modeste gloire.
hermine 2L’homme croit faire mouche à chaque coup tiré, Cependant l’animal parait inaltéré. Quel miracle que soit bien vivante sa cible ! Comme Terminator, est-elle indestructible ? Chanceuse qu’elle fut, l’hermine a-t-elle eu tort Que d’offrir au tireur un tel tirage au sort ? Nous courons tous, un jour, un péril qu’on ignore, Surtout, n’attendons pas qu’il se produise encore. (1) Sa livrée, ou fourrure, au temps des seigneuries ; Se drapait en pelisse aux Celtes armoiries. (2) Le blanc va pour l’étole au cou du magistrat, Mais le noir de la queue à l’écu d’apparat. (3) C’est la devise d’Anne (de Bretagne) ayant vu la figure : « À préférer la mort plutôt que la souillure. » (4) Pas François, peintre en nu, fesses et roploplots, Mais l’étal du boucher où le sang coule à flots.

2 commentaires sur “Cette hermine a tort

  1. pich24
    15 février 2015

    A t-elle eu tort ? Je n’en sais rien dans l’absolu. Je pense qu’on ne doit pas trop souvent, inconsciemment, braver le danger. J’ai connu un gars (Philippe Monnet un navigateur) qui disait (en revenant d’un tour du monde) ; la chance nous donne un carnet de chèques. Attention quand la souche se tarit ; ne tirons pas trop dessus.
    J’espère avoir traduit sa pensée.
    Ensuite, pour moi, une « sonorité croustillante en bouche et en oreille », ce n’est pas une a-terminologie, c’est une métaphore.
    Merci pour le commentaire.

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  2. Zoé Pivers
    15 février 2015

    Je me suis jetée sur le titre en me demandant… Mais en quoi cette hermine a tort ? Un plongeon dans l’histoire et me voici le bain.
    Les sonorités sont souvent croustillantes en bouche et à l’oreille (promis, un jour j’emploierai la bonne terminologie 🙂
    J’ai un joli faible pour ce quatrain :
     » Ô lecteur, imagine un tableau de boucher ; (4)
    Le carnage émouvant d’une vie au coucher ;
    Imagine le rustre armé de sa pétoire
    Visant un être armé d’une modeste gloire.  »
    Merci Pich
    Belle journée à vous

    J'aime

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Cette entrée a été publiée le 14 février 2015 par dans Mammifère, Mustélidé, Rongeur, et est taguée .
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