Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Chanter comme une chèvre


Les drames du télé-crochet ; pour avoir longtemps vécu non loin des karaokés (l’engin du dernier cri), j’ai eu ma part de nuits blanches. J’en ai entendu des vertes et des pas mûres ! Pour me venger, j’ai préféré en rire.

Ayant depuis longtemps renié les écoles
Une chèvre suivait les potins des idoles
Avec un goût marqué pour les voix de velours,
Et leurs couplets plaintifs d’impossibles amours.

Non seulement sensible à l’éclat des paillettes,
Elle s’imaginait que, parmi les biquettes,
En un proche avenir adviendrait l’occasion
De gagner un concours à la télévision.

N’espérant du cerveau que raison ramollie,
Sa chaîne encourageait sa bergère folie. (1)
chèvre 10Or, elle apprit qu’un bouc tournait dans le canton L’orgue de barbarie aux fiches de carton, Dont étaient reconnus les bienfaits de l’usage : L’engin du dernier cri lui cédant l’avantage. (2) « Oh ! Mon chou ! lui dit-elle en faillant défaillir, Ton magnifique engin va combler mon désir ! » (3) L’autre, en mâle d’amour, au son de ces paroles, Ne se fit pas prier pour jouer les idoles : « Veux-tu que nous faisons un duo réuni, (4) Et que nous chantions sur « Cabri c’est fini » ? « Oh ! Mon chou ! redit-elle avec le cœur en nage. Nos talents accouplés vont faire bon ménage ! » (5) Je laisse à mon lecteur le soin d’imaginer Comment résonne un couple impropre à raisonner : Entre un bouc machinal envers la ritournelle, Ne sachant que la moudre à coups de manivelle, La chèvre dont on sait que le béguètement N’a jamais vraiment pu se faire bellement, Il survint un beau jour le cri bien moins atroce D’une biquette, enfin, qui mettait bas un gosse. Et le bouc eut beau l’air de regarder ailleurs, Ne traînaient dans le coin pas d’autres géniteurs. Plus tard, beaucoup plus tard, tenant de bonne école, Quand leur artiste-né sut les chants de l’idole, On sortit des cartons l’orgue et leur souvenir, Laissant dire au destin qu’il devait concourir.
chèvreC’était une façon presque désespérante De vouloir à tout prix gagner la consolante, Et poussé par l’espoir de l’orgueil parental, Le biquet s’inscrivit au concours cérébral. Hélas ! Sa belle voix n’eut pas voix au chapitre, Mais on le salua pour le choix de son titre. (6) Dans cette hérédité, le talent se divise : L’inné donne la voix et l’acquis la bêtise. (1) On n’a que la télé pour voir ce fait unique Que de faire tourner une chèvre en bourrique. (2) Je sais bien qu’aussitôt vous vous dites : « OK ! L’engin du dernier cri c’est le karaoké ». (3) C’est un mot que tout mâle empreint de vanité Prend au pied de la lettre avec lubricité. (4) Ne vous en faisez pas, c’est faute volontaire : Je me gausse de ceux manquant de savoir-faire. (5) Rigoureusement vrai, car, comme dit l’adage, C’est la chèvre et le chou qu’il faut que l’on ménage (6) Je rappelle au lecteur qui serait désuni Que le nom de ce titre est : « Cabri c’est fini ».


 


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Cette entrée a été publiée le 19 novembre 2014 par dans Caprin, Herbivore, Mammifère, Ruminant, et est taguée .
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