Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Les lointains de l’albatros


Certains y ont trouvé des relents autobiographiques. Sans doute. Mais si quelqu’un d’autre s’y retrouve, j’en serais ravi.

Voulant faire valoir ses droits à la retraite,
Un pêcheur albatros, dans son onde secrète, (1)
Pensait prendre d’un vol ses ailes à son cou
Pour outre dépasser son rêve le plus fou.

« J’aime régir ma vie et veux, selon ma guise,
Commettre le péché de la fainéantise. »
Glisse-t-il au patron qui n’ose retenir
Un pécheur confessant si peu de repentir.
albatros3 Et de fait il voyage et traîne sa carcasse Dans des lieux où le temps différemment se passe ; Il cède à la langueur de pays tropicaux, Plane sur les airs lourds d’arides siroccos, Laissant sa liberté voir, en tant que maitresse, Combien sa vie avant avait de petitesse. Ce premier enthousiasme une fois suscité, Il se souvient qu’il a des liens de parenté : Êtres évanouis au fond de sa mémoire, Racines que sa terre oppose au provisoire… « Mais c’est le Jonathan ! » s’exclame son cousin, Le confondant sans doute avec l’oiseau voisin. (2) « C’est toi ? C’est vraiment toi ? » lui demande sa mère Qui ne reconnaît point sa plume la plus chère.
albatros10 C’est alors qu’il comprend combien son goût d’ailleurs A porté, sans façon, atteinte à ses valeurs. Sur les traits maternels, il voit son égoïsme Que d’avoir opposé l’amour et l’exotisme. Peut-il être lui-même en dehors de ses clous ? Et peut-on vivre au loin sans semer de cailloux ? Il s’en retournera sous d’autres latitudes Avec des bleus au cœur et moins de certitudes. (1) C’est un lieu maritime où voir son intérêt, Comme chacun sur terre a son jardin secret. (2) Le goéland, bien sûr. Vous connaissez sans doute Jonathan Livingston s’écartant de la route.

3 commentaires sur “Les lointains de l’albatros

  1. pich24
    1 septembre 2014

    Merci mesdemoiselles, vos commentaires de géant m’empêchent de vous répondre.

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  2. Zoé Pivers
    29 août 2014

    On se laisse emporter par le voyage, un sourire à l’atterrissage qui vite s’estompe et l’on repart, avec un pincement au cœur…
    J’ai beaucoup aimé, et l’écriture et l’émotion.
    Merci
    Zoé

    J'aime

  3. Bonnefoy Camille
    29 août 2014

    Comme toujours, c’est un véritable plaisir.

    J'aime

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Cette entrée a été publiée le 29 août 2014 par dans Oiseau, Volant, et est taguée .
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