Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

La fourmi et la cigale


J’aurais eu l’air fin de ne pas me plier à un pastiche Lafontainien. Tout fabuliste a dû en commettre un. Voilà le mien :

Au vingt-quatre décembre, un soir de réveillon,
Une fourmi chemine en cherchant le rayon
D’un objet repéré dans un grand magazine,
Et que, tel un miracle, on retrouve en vitrine.
Pour elle tout cela n’a rien d’artificiel :
Il faut, comme chacun, consommer du Noël.

Et voilà qu’elle trouve au bord de la chaussée
Une vieille cigale à tête violacée :
« Morbleu ! Que faites-vous, demande la fourmi ;
Un carton pour grabat, un litron pour ami ? »

 « J’aime le Kirami, rétorque la cigale.
J’ai souci de ma soif plus que de ma fringale,
Et donner deux euros devrait entretenir
Cette vieille amitié dont je tire plaisir. »

fourmi1« Je n’accède jamais aux désirs de l’ivrogne
Pour ne pas amplifier les couleurs de sa trogne. »
Lui répond la fourmi dont la mauvaise foi
S’empare d’un poncif pour en faire une loi.

« À chacun son désir, explique la poivrote.
Le votre consommer, le mien rincer la glotte.
Non pas que je n’ai foi dans cette société,
Mais chaque fois mon foie exige satiété.
Si la rage du ventre est l’auteur de mon vice
La rage d’acheter vous fait consommatrice.
Boire jusqu’à plus saoul, c’est moi, vous le pensez.
Jusqu’à n’avoir plus sous, c’est vous qui dépensez.
Nous visons l’objectif de la concupiscence
Qui procure à chacun la pure jouissance. »

« Ma chère, cette extase est toute autre entre nous.
C’est le rêve pour moi, le mirage pour vous ! »

cigale« Le rêve a disparu. Nous sommes des rouages.
Vous de gros intérêts, quant à moi de cépages.
Je reconnais mes torts, car je l’ai bien voulu
M’empiffrer de jaja plutôt que de grand cru,
Mais quant à vos désirs, un brave économiste
S’est fait un point d’honneur d’en composer la liste ! »

 « Je doute que quelqu’un puisse forcer mon gré ! »

«Voilà belle façon d’en n’être point navré ! 
Donnez Dame Fourmi, voyez que ma vinasse
N’est, comme vos présents, qu’un bonheur de surface. »

Sachant ce que valaient deux euros de labeur
Elle n’en donna qu’un, de plus à contrecœur.

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Cette entrée a été publiée le 30 juin 2014 par dans Insecte, Rampant, Volant, et est taguée .
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