Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Grenouilles de bénitier


Sujet délicat : sans être croyant, je crois en l’idée de, ou plutôt d’un Dieu. Je me suis donc moins moqué de la religion (la foi) que de ses dérives (la mauvaise foi)…

Un maître-tisserand qui battait la campagne,
Cherchant pour son commerce un pays de cocagne,
Trouva de la main-d’œuvre et de bons techniciens
Au cœur d’un petit bourg peuplé de batraciens.

Il promit de changer l’indice du chômage
En les spécialisant dans les arts du tissage :
« J’apporte la bobine et le nouveau métier,
Et j’emploierai chacun comme manouvrier ! »
grenouille verteOn scelle donc le pacte, on remonte les manches, Et le travail se fait mis à part les dimanches Où l’office divin réunit en son choeur Le groupe calotin des ouailles du Seigneur. Le marchand trouve bon que devant le textile Le fidèle croyant (1) se montre aussi servile. Or, le vice caché de tous ces bondieusards C’est d’avoir un penchant à pondre des têtards. (2) C’est par ce prompt renfort que de cinq cents à peine, Il s’en vint au guichet mille en fin de semaine : « Ah non ! dit le patron. Pour gérer l’effectif, Enrobez vos amours dans le préservatif ! » « Nenni ! répond le chef. La consigne papale Est que l’œuvre de chair demeure génitale. »
grenouille« Doit-on aveuglément suivre un ordre donné ? » « Oui-da ! N’aimes-tu point me voir discipliné ? » « J’aime l’obéissance à la quête explicable, Et non cette obédience à l’ennemi du diable. Je reprends la navette et romps notre contrat ; Si vous m’avez cru bon, vous me croirez ingrat. »
Voilà donc un conseil à qui cherche un emploi : Ne jamais témoigner de sa mauvaise foi. (1) Le croa du corbeau est un croassement, Tandis que la grenouille a le coassement. (2) Elle croit sans croa, ses croyants faisant croitre ! (ou) Elle croise la croix en croissant dans son cloitre !

3 commentaires sur “Grenouilles de bénitier

  1. zoé pivers
    16 mai 2016

    Des dures à cuire les grenouilles de bénitier, même au bain marie 🙂
    C’est plein d’esprit, j’aime beaucoup
    Merci

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  2. tizef
    27 avril 2014

    En ce jour où deux papes (vivants) sanctifient deux autres papes (décédés) je ne puis qu’être favorablement impressionné par cette bondieuserie batracienne.
    Je note que tes grenouilles ont lu Corneille.

    « C’est par ce prompt renfort que de cinq cents à peine,
    Il s’en vint au guichet mille en fin de semaine « :

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  3. Bonnefoy Camille
    27 avril 2014

    C’est aussi un bon exercice de prononciation. En ce dimanche (particulier) cette fable nous invite à… méditer. Merci.
    P.S : Que j’aimerais savoir écrire si joliment et justement.

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Cette entrée a été publiée le 27 avril 2014 par dans Amphibie, Batracien, et est taguée .
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