Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Le ver à pied


Il n’y a jamais rien de bon derrière ce que l’on cache. Parole de naturiste.

Sur les chemins un ver, à pied se promenant,
Rencontre un escargot qui l’attend au tournant
Pour lui dire son fait, affaire qui l’embête,
Car il l’a sur le cœur depuis belle lurette :

« Ainsi, jeune lombric, vous vous promenez nu !
Exhiber son séant m’apparaît malvenu.
Ne manqueriez-vous pas de quelque convenance
Pour vous moquer du monde avec tant d’insolence ? »

Le ver, qui n’aime pas se faire asticoter,
Se moque du fâcheux qui vient l’admonester :
ver9« Épargnez au manant ces sentences morales Comme prêt-à-penser du penser à deux balles. Cela vous va si mal de jouer l’indigné Pour un trait naturel qui vous est épargné. Trouvez donc un sujet de plus grande importance Pour charrier les excès de votre médisance. » « Je vois que mon cousin défend son bout de gras, Et possède le don de sortir d’embarras. Rétorque l’escargot. Mais le point qui me pique, C’est ne voir dans le nu rien de très artistique. Si, du moins, la nature avait, dans sa bonté, Permis de vous nantir d’un brin de majesté ! Hélas ! Le seul spectacle attestant ses largesses C’est celui, malheureux, qui nous montre vos fesses ! »
ver escargot« Et alors ? dit le ver. Qui puis-je déranger En démontrant, qu’au moins, je sais me les bouger ? Vous êtes beau, d’accord, mais plus lent par nature. Je vous laisse avoir l’air, alors que j’ai l’allure. » Après ces mots, le ver choisit de décamper, Et jamais l’escargot ne put le rattraper.

5 commentaires sur “Le ver à pied

  1. pich24
    12 mai 2014

    Bel humour tizef, j’aime ton acuité.

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  2. tizef
    27 avril 2014

    J’ignorais que le lombric eut des fesses. Comme quoi la fable ne se contente pas d’amuser le lecteur. Elle enrichit son savoir.
    Merci Pich24

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  3. Zoé Pivers
    18 avril 2014

    L’escargot avance en bavant, c’est ça nature
    Trouvera t-il ainsi chaussure à son pied ? 🙂

    Merci pour ce plaisir de lecture
    Belle journée

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  4. pich24
    14 avril 2014

    J’aime bien votre parfin.
    Oui, une maison sur le dos… Comme cliché rebattu, j’ai préféré éviter. Même s’il parait naturel que cela rentre dans le dialogue. Je dois pourtant avouer que je trouve ma chute pas très excitante puisque les protagonistes se quittent sur leur seul désaccord. Mais le lecteur a tout loisir pour deviner ce que chacun pense.
    Pour le classique, j’ai un problème de diérèse à « manqueriez » (4 syllabes).
    Merci pour votre passage.

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  5. carnetsparesseux
    13 avril 2014

    Sous une forme classique qui contraste avec la nature des deux « héros », humour, changement de tons : une histoire joliment tournée !
    je me demande juste si l’escargot s’est exclamé à la parfin
    « Et que serait-ce, si vous portiez une maison ? »

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Cette entrée a été publiée le 12 avril 2014 par dans Annélide, Rampant, et est taguée .
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