Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Trois vieux hiboux


Quand on ne peut plus meubler le temps sur un lit, on le fait sur un banc …

Chaque jour trois hiboux radotaient sur un banc,
En soldats du passé désormais mis au ban.

Ils devisaient ainsi, de façon désinvolte,
Sans montrer pour le temps ni mépris ni révolte ;
Lorsque la mort approche, il vaut mieux s’en moquer
Que de croire un instant qu’on pourra l’escroquer.
hibou3Or, un jour, un coucou qui bossait à l’horloge
Les croise en coup de vent pour rejoindre sa loge,
Mais voyant ces trois vieux, par un humour simplet,
Cherche à leur infliger un petit camouflet :

« Salut les vieux hiboux ! Je vais sonner mon heure.
Peut-être juste avant qu’un de vous trois ne meure ! »
« Si mon heure a sonné, s’exclame l’un d’entre eux,
Ma femme doit mourir pour que l’on parte à deux. »

L’humoriste, voyant la mauvaise tournure,
Tente comme un lourdaud d’effacer la bavure :
« Je parlai de sonner l’heure de notre temps.
Non de sonner le glas de vos derniers instants ! »
« Alors quel temps fait-il ? » demande le deuxième.
« Et quel jour sommes-nous ? » s’informe le troisième.

Dans ce flot de questions provenant de tout bord
Le coucou s’exaspère et demande un temps mort :

« La ponctualité, c’est de la politesse !
Ne me reprochez pas cette délicatesse ! »
S’indigne-t-il ainsi, se drapant de l’honneur
De celui qui se croit de la vie un acteur
Pour avoir dégoté un boulot improbable
Alors qu’il est payé par le contribuable.
hibou3Sur cette causerie, un carillon lointain
Fait retentir une heure à la cloche d’airain…

Au soir du lendemain, bien qu’on lui déconseille,
Il s’en va retrouver ces trois vieux de la veille
Pour se plaindre qu’hier on l’a trop attendu,
Et que depuis tantôt il pointe au chômedu.

L’un d’eux répond : « Eh bien ! À cause d’une plombe,
Tu seras désormais muet comme une tombe !
Viens t’asseoir avec nous parler des lendemains.
Et puis tu nous diras comment vont tes gamins. »

Le temps n’a de valeur que celle qu’on lui donne. Pourquoi lui donner tant lorsque la cloche sonne ?

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Cette entrée a été publiée le 3 mars 2014 par dans Oiseau, Rapace, et est taguée .
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