Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Sus au scorpion !


À quoi aspirent les scorpions ? Et les vipères ? Éléments de réponse …


Un scorpion rodant tel un loup solitaire Se retrouva soudain devant une vipère. Or, à cet instant même, et juste devant eux, Passe un rat des moissons qui leur paraît goûteux. Et les deux venimeux de fondre sur la bête, Sans savoir qui prend quoi de la queue ou la tête. Mais dans l’empressement d’avoir vite attaqué, On s’avise après coup qu’on s’est entre piqué.
« Tu m’as mordu la queue et j’ai pincé ta langue ! » S’exclame l’arachnide avec la face exsangue. On ne trouve alentours pas un seul médecin, Pas plus que d’hôpital, de sérum ou vaccin. « Tu m’as piqué la langue et j’ai mangé ta queue ! Rétorque le serpent, tremblant d’une peur bleue. Ô ! Funeste façon que la mort se farcir ! Nous devons nous sucer pour pouvoir s’en sortir. (1) » « De me faire pomper n’est pas pour me déplaire, Mais je ne suce pas les langues de vipère. » Peste le scorpion qui semble ne pas voir Qu’on n’a pas trop le choix quand vivre est sans espoir. « Allons, lui dit l’aspic, il s’agit de nos vies. Veux-tu, sans réagir, qu’elles nous soient ravies ? » « D’accord. Mais dis-toi bien que je le fais pour toi. » Lui braille l’autre enclin à la mauvaise foi…
Tandis que le reptile absorbe ses toxiques, Il lui trouve soudain des vertus érotiques. C’est la première fois qu’en son siège caudal On lui fait un suçon d’un chaud baiser lingual. C’est peut-être honteux, mais pas désagréable ; Il veut bien en retour se montrer charitable, Et rouler cette pelle à ce serpent pleureur Qui lui suce la queue avec tant de ferveur. « Voilà, c’est terminé ! lui souffle la vipère Qui ne sait le régal qu’elle vient de lui faire. Approche-toi de moi pour me pomper le dard, Et sers-toi de ta langue en guise de buvard. » Alors, le scorpion s’empare de sa bouche Et l’étreint d’un baiser d’une langueur farouche…
« J’espère n’avoir pas à me mettre à genoux Pour dire que cela doit rester entre nous. » Dit-il en redoutant qu’elle ne fût pas sobre, Et n’allât sur les toits le livrer à l’opprobre.
On s’empoisonne mais, pour rien n’envenimer, On aspire au bonheur de se réanimer. (1) Ne le faites jamais, ce n’est qu’une croyance, Qui vous pousse à finir à deux dans l’ambulance.

2 commentaires sur “Sus au scorpion !

  1. pich24
    29 juillet 2013

    Merci ! Fabuliste ? Toujours agréable d'être apprécié.

    J'aime

  2. anonymous
    27 juillet 2013

    Anonyme writes:Bonjour,Vous l'avez écrit, j'aurais bien aimé l'avoir fait à votre place ! Très réussi, bravo !

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Cette entrée a été publiée le 25 juillet 2013 par dans Arachnide, et est taguée .
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