Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Le bouc émissaire


Tirée de l’expression « bouc à Azazel » ce bon coupable, qui endosse la faute collective à la demande, a presque la stature d’un Dieu tellement il est utile aux Hommes.
Entre tragédie et mythologie, voici son histoire comme je me la figure …

En belle île d’Égine, où pousse la pistache,
Vivait un bouc poilu qui portait la moustache.

Or, cela se passait en ces temps démodés
Où les Grecs sacrifiant caprins et bovidés,
Espéraient de tout coeur apaiser la colère
Des grands dieux de l’Olympe et surtout de leur père.

Mais Zeus ne savait pas que ce bouc fort dodu
S’était avec le diable un beau jour entendu,
Ayant laissé son âme aux soins d’une sorcière (1)
Qui l’avait empêché de finir en fourrière.
Il circulait ainsi la vilaine rumeur Qu’entre eux se déroulait une histoire de cœur ; (2) Mais elle aimait le bouc pour préparer sa poudre, Car la poudre de corne est parfaite à dissoudre. Cette paire de bois avait aussi le don De faire jacasser au sein du Panthéon ; Or donc, on discutait chez la race divine Des pouvoirs naturels de cette corne hircine, Et l’on se demandait si goûter sa flaveur Avait la faculté d’accroître la verdeur.
On fit venir le bouc au sommet de l’Olympe, (Ce qui lui prit du temps, car sachez que ça grimpe) Introduisant ainsi le démon Belzébuth Chez des dieux intrigués en matière de rut. On fit asseoir le bouc au sein d’un sanctuaire De tous les dieux connus des poèmes d’Homère, Et chacun tour à tour lui posa sa question Relative aux vertus de l’étrange potion. Le bouc leur répondit : « Célestes créatures, Ce remède n’a pas le charme des bromures. Il procure à celui qui s’en lèche les doigts La force et la vigueur qui distinguent mes bois. C’est, le jour, un bon plan pour combler vos déesses Et le soir un moyen de trousser vos maîtresses. » Les dieux, tout dieux qu’ils sont, n’aimant pas son odeur S’étaient bouché le nez devant sa puanteur, Mais avaient écouté les propos de la bête Avec l’air de gogos qui fument la moquette. « Voilà qui me convient ! déclara Dionysos, (3) Ancêtre de Bacchus, et grand copain d’Éros. J’aimerais éprouver, en ce qui me concerne, Les mêmes sentiments que ceux que je gouverne. Quoi de plus enivrant qu’un amour éternel Lorsqu’on est, comme moi, d’avenir immortel ? Donne-moi ta potion, bouc de la providence, Et laisse-m’en jouir jusqu’à l’inconvenance ! »
Et le bouc déversa le poison en ces lieux, En ce mythique Olympe au passé vertueux, Où les divinités qui surplombaient le monde Ressemblaient aux puceaux quand on les dévergonde. Cette tragédie grecque (écrite par un plouc) Provient du mot tragos, signifiant : chant du bouc. (1) Elle avait donc le bouc, et l’autre une moustache ; Ce qui fait deux velus pour autant que je sache. (2) N’y voyez pas un jeu de la main d’Aphrodite, Car pour se faire un bouc il faut bien du mérite. (3) Ce fameux Dionysos à forte libido Ressemble à notre bouc comme deux gouttes d’eau.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 27 avril 2013 par dans Mammifère, et est taguée .
%d blogueurs aiment cette page :