Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Le faux babouin


Quand on a une tête de faux-cul, voilà ce qu’on mérite …

L’animal d’aujourd’hui se nomme le babouin.
C’est un singe, un sournois, un madré, un chafouin.
Preuve en est que sa face a, comme ailleurs sa fesse,
Un système pileux étonnant de paresse ;
Et cette face imberbe avec un museau nu
Lui donne exactement la tête d’un faux cul. (1)

C’est cette fausseté, c’est cette hypocrisie
Qu’il me faut expliquer en toute poésie :

Comptez sur un babouin un soir de réveillon,
Vous pouvez être sûr qu’il vous fera faux bond.

Il vous désignera, si vous êtes en doute,
Le chemin le plus long qui suit la fausse route.
Lorsqu’il parle l’anglais en des termes admis, Il traduit en des mots qui sont des faux amis. Admettons qu’on l’attaque et qu’on le mette en fuite, Il prend les faux-fuyants que prendrait un jésuite. Expédiez donc ce fourbe à la pêche aux mulets, Il y va mais revient avec des faux filets. Il vous sert un faux col en vous versant la bière, Et paye en faux billets de son air de faussaire. Sa perruque s’envole au coup de vent furtif ? Il vous accusera d’en être le faux tif. Quand rien ne sort du trou qui lui tient lieu de bouche, Il vous fait l’impression de faire fausse couche. Couper le blé des champs avec ce faux jeton Vous met en porte à faux par rapport à fauchon. (2) Le placer au miroir pour qu’il lui fasse face, C’est voir un faux-semblant se mirer dans la glace. Si l’université désire un écolier Il s’y inscrit en faux pour ne pas étudier.
Il ne vous fera pas un seul parcours sans faute, Mais fera faux départ, faux pas et fausse note. Il plaidera le vrai pour connaître le faux S’il tombe, c’est pour faux et usage de faux... Vous aurez donc compris le sens de l’épigramme : C’est sur ce faux babouin que je jette le blâme. Mais malgré l’avoir peint sous un funeste jour En désignant le faux comme son seul contour, Malgré m’être appuyé sur cette perspective Et l’avoir accompli de manière exhaustive, C’est n’être ni pervers ni malintentionné De ne l’avoir décrit un peu plus fortuné. J’aurais pu, c’est certain, lui tresser sa couronne, Et vous faire avaler qu’il joue du saxophone. Seulement, le babouin possède un museau nu Qui lui donne vraiment la tête d’un faux cul. (1) (1) Je m’en veux pour la rime et pourtant je la laisse, Car j’ai, pour ce bon mot, une part de tendresse. (2) Ce n’est pas l’épicier, mais un outil agraire : Faux garnie d’un râteau, nous dit le dictionnaire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 26 mars 2013 par dans Mammifère, et est taguée .
%d blogueurs aiment cette page :