Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Marabout de ficelle


La fable permettant de grossir le trait, j’en ai profité pour me moquer des délinquants de la tradition. Sur l’air des « Trois petits chats » (peau de plume).
Charlatanisme assuré …


« Va voir le marabout dans les basses ruelles.
On dit qu’il vient à bout des maladies mortelles. »
Disait au caracal un brave cacatois,
Voyant ce petit lynx qui n’avait plus de voix,
Et, faute de docteur, venait chercher de l’aide
Vers le premier venu connaissant un remède.
Lorsque le marabout reçut le petit lynx Il décréta sitôt : « Phlogose du larynx ! » Ce qui ne manqua pas d’épater le malade Qui se voyait déjà sorti de la panade. Mais lorsqu’il essaya d’émettre un cri perçant Il ne put que produire un piteux graillement. Alors, le marabout déploie son envergure Comme font les sorciers qui invoquent l’augure ; Il marmonne des mots confus et ténébreux, Se raidit tout à coup, écarquille les yeux, Il tempête et rugit, son goitre se dilate Au point qu’on ne sait plus à quoi sert sa cravate.
Dans la case l’encens libère son odeur, Conférant à la scène une plus vaste ampleur, Et devant les grigris, devant son amulette, Peut-on blâmer le lynx d’un peu perdre la tête ? Ainsi, lorsque prend fin cette célébration, Quand s’estompe le feu de cette imprécation, Le jeune caracal retarde à l’allumage, Assommé sous le coup de ce maraboutage. L’autre le sait fort bien ; il connaît son turbin. Avec lui le patient se transforme en pantin Car il prescrit toujours un bout de cordelette Qui le fait se mouvoir comme une marionnette. Il appelle cela : ficelle du métier ! (1) Car ici le client ne guérit qu’à moitié : Le seul fait de venir est déjà bénéfique Pensez donc qu’en sortant de cet antre magique On a le sentiment qu’on doit une faveur En plus des biffetons qu’exige l’envoûteur.
Son verdict fut d’ailleurs qu’il fallait trois séances, Peut-être même plus, selon les circonstances, Afin de contenir la progression du mal Qui pouvait emporter le jeune caracal. On doit dire aux enfants que l’on devient sensé, Le jour où l’on regarde avant de traverser. (1) Ce qui sert de principe à chaque scélérat : Plus la ficelle est grosse et plus on y croira.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 16 octobre 2012 par dans Oiseau, et est taguée .
%d blogueurs aiment cette page :