Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

La coupe du merlan


Il y avait beaucoup à dire sur les coiffeurs, mais pour être original je m’en suis pris aux coiffés …

À l’époque du frai, c'est-à-dire au printemps,
Il est de bon aloi pour les jeunes merlans
De soigner leurs atouts et lustrer leur écaille
Pour se différencier d’entre la poissonnaille.
Or, un beau jour d’avril, ce genre de poisson
Vient chez un figaro taillant le barbillon :
merlan1 « Saurais-tu, cher ami, m’inventer une coupe ? J’aimerais m’élever au-dessus de la troupe ; Or, l’on dit que ton art et que ton tour de main Font gagner les faveurs du sexe féminin. » Devant ce prétendant aux mauvaises manières Le coiffeur se vanta de vertus perruquières Qui lui valait, hélas, d’obliger le client À prendre rendez-vous presque trois mois avant. « Trois mois ! s’écrie le gade. Il me semble impossible Que la saison du frai soit autant extensible. Il me faut à tout prix être prêt au plaisir Au jour que la nature a bien voulu choisir. » « D’accord, dit le merlan au vu des circonstances. Mais n’en souffle pas mot parmi tes connaissances. » Hélas ! Le lendemain, le salon du coiffeur Était plein à craquer de gades pleins d’ardeur, Désireux d’acquérir cette coupe excentrique Qui révolutionnait le barbillon classique. « Holà ! s’exclamaient-ils, tout en se bousculant. Nous désirons avoir la coupe du merlan ! « C’était moi le premier ! » criait-on par derrière. « Tu plaisantes, l’ami ! Je suis prioritaire ! » « Et moi je suis intime avec ce bon coiffeur : J’ai l’ami d’un ami qui connaîtrait sa sœur. » Le merlan demanda que se calme la salle, Et voulut, sans détour, lui faire la morale : « Si je coupe à chacun le même barbillon, Vous vous distinguerez de la même façon. Soyez originaux ! Portez des accessoires ! Ou pourquoi pas changer en taillant vos nageoires ?» « Bonne idée ! Chers amis, il nous faut dégoter Qui taille la nageoire avec habileté ! » Dit l’un d’eux se tournant vers la salle conquise, Où personne n’avait idée de sa bêtise.
Il fallait bien leur dire un mot pour les adieux ; Ce que le merlan f(r)it en leur roulant les yeux. (1) (1) Les yeux de merlan frit permettent au merlan De les lever si haut qu’on n’en voit que leur blanc.

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Cette entrée a été publiée le 15 août 2012 par dans Poisson, et est taguée .
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