Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Mac maquereau


En direct des bas-fonds, comme si vous y étiez …

 

Chez un bar des bas-fonds de la mer des Antilles,
Un maquereau vivait du charme de ses « filles » ;
Quelques poules de luxe au sein d’une maison
Dans laquelle il servait d’agent de liaison.

Au sein de sa famille on était proxénète
De la même façon que le Suisse est helvète ;
Et comme l’avait fait son père auparavant,
Il laisserait le fonds pour le mâle suivant.

Mais en ce soir d’avril d’une journée oiseuse
Il suivait du regard sa nouvelle gagneuse
Au sujet de laquelle il avait bon espoir
Qu’elle puisse tenir les hauteurs du trottoir.
« Viens voir, lui souffle-t-il avant qu’elle s’y rende. J’ai beaucoup d’intérêt pour ta valeur marchande, Mais j’en ai plus encor concernant ta splendeur Qui m’envoûte bien plus que désire mon coeur. » « Mais c’est toi le patron, lui répond la morue. Pour t’offrir les faveurs d’une jeune recrue Tu n’as qu’à demander, même pas poliment, Pour qu’elle s’exécute automatiquement. » « Très bien ! déclare-t-il. Je le ferai peut-être. Il se peut donc qu’un jour je cogne à ta fenêtre. » Les jours devinrent mois sans que le souteneur Soit venu l’obliger de la moindre faveur. Tout en étant, le soir, péripatéticienne Elle attendait, de jour, que le maquereau vienne ; Du moins, l’attendait-elle avec l’appréhension De le voir appliquer son intimidation.
Plus d’un an s’écoula dans le même supplice Avant que n’apparut une belle novice, Qu’elle surprit avec ce faux sentimental Qui s’adonnait encor au même récital. « Je te vois, disait-il, devenir ma maîtresse Et peut-être plus tard, cultiver ma faiblesse. Or, en ce beau métier, où règne le plaisir, Le patron n’a le droit qu’à taire son désir. Je viendrai donc un soir après le racolage Pour te livrer mon cœur et te rendre un hommage. » « Eh bien ! dit la morue avec ingénuité. Il me tarde à te voir dans ton intimité. » Cachée au fond du bar, la seconde morue S’attristait sur le sort de la jeune recrue : Une craignait qu’il vienne et l’autre le souhaitait, Et l’une comme l’autre, en fait, s’y soumettait. Chez un bar des bas-fonds de la mer des Antilles, Un maquereau vivait aux crochets de ses filles.

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Cette entrée a été publiée le 3 juin 2012 par dans Poisson, et est taguée .
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