Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

L’éléphant rose


Selon Verlaine, la souris est « grise dans le noir ».
Qu’en est-il devant un éléphant rose ?

 

Au Cambodge vivait un éléphant placide,
Un tantinet finaud, un tantinet candide,
Et candide surtout au devant d’un jupon
Car, face au sexe faible, il perdait tout aplomb.

Cette naïveté devant toute femelle
L’avait à tout jamais privé de bagatelle,
Et, perdant tout espoir, il était devenu
Un bestiau misogyne au cœur sec et ténu.

Du fond de la forêt ses plaintes maladives
Donnaient aux éléphants la grince aux incisives.
Mais voilà qu’un beau jour, au pied d’un tamaris, Il tombe trompe à nez avec une souris. « Ôtez-vous du chemin ! chicote la rongeuse. Si vous cherchez la noise, alors je suis preneuse ! » Le pachyderme y voit des propos facétieux, Mais la jeune intrépide affiche un air sérieux. Il se carre devant, lui adresse un sourire, Et barète ces mots comme un pince-sans-rire : « Veuillez bien m’excuser de m’être mal conduit. Je n’avais pas désir d’importuner autrui. » Comprenant l’inflexion, la souris se ravise. Elle minaude un peu, la belle souris grise, Devant ce misogyne au cœur sec et fendu Qui vient de la calmer par un sous-entendu. Elle en vient à rosir de plaisir ou de honte D’avoir ainsi causé devant ce mastodonte. « Êtes-vous donc fâché, Messire l’éléphant ? Vous savez, dans le fond, ce n’était pas méchant. » « J’ai pourtant cru, dit-il, dans cette randonnée, Qu’était venu mon jour de prendre une tannée. »
elephant« Cela vous va si bien de vous faire courtois ! Mais dessous ce vernis, vous n’êtes qu’un matois. » C’est la première fois qu’au-devant d’une blonde Il ressemble en tous points à monsieur Tout-le-Monde. Alors, évidemment, son cœur sec et bourru Vient battre la chamade ; il sent venir un rut Qui du fond de son corps, du fond de ses entrailles, Se change en pet sonore imitant les mitrailles. Or, lui qui s’accoutume à retenir son vent, Lâche une grosse perle et devient soupirant. C’est au tour cette fois pour le gros mastodonte De rosir, on ne sait, de plaisir ou de honte. La leçon que l’on tire avec cette souris, Bien qu’il soit plus aisé de la tirer en prose, C’est, vous le devinez, qu’il faut bien être gris Pour que vous apparaisse un bel éléphant rose.

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Cette entrée a été publiée le 13 mai 2012 par dans Mammifère, et est taguée .
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