Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Les bouses du yack


Qui s’occupe de savoir ce que deviennent ses déchets ?
En tentant de le découvrir on peut parfois se tromper.
Fable sur les on-dit de merdre …

Sur les plateaux d’Asie aux montagnes géantes,
Vivent des bovidés aux robes abondantes
Qui broutent des lichens, ces algues champignons
Poussant dans la toundra de ces vastes régions.

Ces yacks donnent du lait, leur viande est comestible,
Mais ils donnent surtout un parfait combustible.

Voici qu’un de ces yaks, dont je tairai le nom,
Déambulait un jour avec son rejeton.
Un bouvier à l’affût surveillait leur derrière
Pour fourrer dans ses plis l’odorante matière.
Lorsque la chose est faite, et qu’il fiche le camp, Le fils demande au père à quoi sert l’excrément. « Je ne l’ai jamais su, lui rétorque son père. C’est ma merde, d’accord, mais c’est pas mon affaire ! » À partir de ce jour, le petit bovidé Se fit fort de bientôt pouvoir élucider L’extravagant mystère enveloppant ces bouses Que les bouviers locaux enfilaient dans leurs blouses. Un jour, il vit l’un d’eux ramasser son étron, Puis la fumée sortit du toit de sa maison. Il en déduit alors que ces hommes sauvages Étaient des mange-merde ; ou mieux, des cacaphages. Le mot n’existait pas, mais il fut enchanté De l’avoir découvert et l’avoir inventé. Fort de sa déduction il file voir sa mère Pour la mettre au parfum de la clé du mystère, Et celle-ci s’émeut de ces propos sentis Qu’elle va rabâcher par force chuchotis :
« J’ai le vent, chers amis, de fâcheuses nouvelles, Quant à l’exploitation que l’on fait de nos selles. Nos gardiens, m’a-t-on dit, volent notre excrément, Et s’en servent ensuite en guise d’aliment. Je vous laisse entrevoir, tel que je le devine, Ce qui se passe après, quand l’un d’eux le rumine. » À partir de ce jour, on accorda soudain Un tout autre regard sur l’immonde gardien. On se mit à brouter loin de sa compagnie Pour effacer le goût de son ignominie, Et chacun dans son coin lui posa sur le dos D’autres infirmités comme autant de fardeaux. Quelles atrocités prêta-t-on à cet homme Qu’on surnomma bientôt : le bouvier à la gomme ! Le crime supposé par l’épouse du yak Avait fait ses petits au fond du même sac. Lorsqu’on désire croire à des choses débiles, Il vaut mieux s’entourer d’un troupeau d’imbéciles. (1) L’histoire que voilà ne manque pas de selles, Car il faut bien parler des choses naturelles.

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Cette entrée a été publiée le 2 avril 2012 par dans Herbivore, Mammifère, et est taguée .
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