Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Le tiers condor


Fable de ménage où j’ai soigné la scène …


Cheminant d’un vol lourd, et le souffle amoindri,
Un condor bourlingueur n’avait pas eu d’abri
Où pouvoir se poser depuis trois jours de veille,
Lorsqu’il se retrouva devant une corneille.

« Étranger, que veux-tu ? Que viens-tu nous voler ? »
Sitôt demanda-t-elle avec son franc-parler.
« Je ne suis qu’un passant d’ailes itinérantes,
Qui cherche le repos des places apaisantes. »
Elle le conduisit au bout d’un corridor, Et d’un ton dédaigneux, lui dit : « C’est là condor ! », Puis disparut d’un coup au fond de la clairière, Sans doute raconter l’histoire en sa chaumière. Le rapace, au matin, à peine ouvrant les yeux, Vit venir devant lui, pour un état des lieux, Deux corneilles en couple, aux ailes belliqueuses, Lui jouant de concert leurs mines soupçonneuses. La femelle crailla (1) : « Libère nos enfants ! » Le mâle s’exclama : « Rends-moi ma brosse à dents ! » Le condor fut surpris, n’en croyant ses oreilles, Mais il le fut, des trois, bien moins que les corneilles : « Les filles sont aux bois. » dit le mâle, étonné, En lançant vers sa femme un sourcil incliné.
« Et toi, ta brosse à dents traîne dans la cuisine, Entre la confiture et le sac de farine ! » « Tu pourrais éviter de donner des leçons Quand tu laisses traîner partout tes caleçons ! » « Tiens ! Voilà que Môssieur s’excite à cette affaire, Alors qu’au lit, Môssieur, ne peut me satisfaire ! » « Cet acte sexuel, j’y viendrais aussi sec Si deux trois fois par an tu te lavais le bec ! » « C’est donc ça la raison ? murmura la femelle. Je croyais sottement que je n’étais plus belle. » « Mais belle, ma douceur, vous le serez toujours, Ainsi que vous l’étiez en nos premiers amours. Et de tout temps, ma mie, il faut bien le comprendre, Vous serez mon soleil sur la carte du tendre. » « Vous me faites rosir, inlassable charmeur. Vous trouvez bien les mots qui chavirent le cœur. Retournez donc au bois chercher les deux gamines, Et moi je file au nid me laver les canines. » Chacun s’en fut alors accomplir son devoir Sans donner au condor un signe d’au revoir, Et cet oiseau se dit, sans être psychologue, Que c’est à trois parfois qu’on fait un dialogue. (1) Oui, selon la douleur, certains oiseaux criaillent. Mais là, c’est différent, car les corneilles craillent.

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Cette entrée a été publiée le 28 février 2012 par dans Oiseau, et est taguée .
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