Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

L’arme du crocodile


Où l’on apprend que le crocodile vagit. Comme un bébé ? Je n’en saurien …

Près du Nil éternel des plateaux de Nubie,
Se tenait un reptile en costume amphibie,
Dans un port abattu permettant de penser
Qu’il était soit souffrant, soit bien près de passer.

Au pertuis de ses yeux, preuve de sa souffrance,
Des larmes à torrent gouttaient en abondance.
Quiconque l’aurait vu se lamenter ainsi Aurait pu se moquer de ce mol endurci Qui, sous l’aspect rugueux d’un monstre au cœur de pierre, Pleurait comme un mouflet dans une pouponnière. (1) Le seul être présent sur les lieux du transport Savait le pleur jaillir à raison plus qu’à tort : Raison qu’il augurait d’un prélude d’orgie Dont il serait la dose et la posologie. Alors, par précaution, peut-être par pudeur, Avec tout le respect qu’on doit au prédateur, Le seul être présent, pressentant la sentence, Mais pas très impatient d’en suivre l’ordonnance, Se replie à tâtons sur un air obséquieux Pour complaire au boucher qui salive des yeux. La meilleure façon d’échapper aux mâchoires, C’est donner libre cours aux vertus migratoires, Sans pourtant leur prêter un crédit surréel, Car le monstre est rapide autant qu’il est cruel. Or, quel meilleur abri, quelle cache rêvée, Que cet arbre pourvu d’une branche élevée ? Toute fuite est un art où la règle et le droit Sont de vite choisir, et d’agir de sang-froid.
Mais une fois atteint la cime salvatrice, Une fois estimé sa hauteur protectrice, On aurait tort de croire en avoir terminé, Car une fois sur l’arbre on est emprisonné. Le savait-il avant celui qui, sur la rive, N’a pas encore pris la moindre initiative ? Il a laissé l’effet de la peur s’accomplir ; Ne lui reste à présent que d’attendre à loisir, Avec, en bas, à l’œil, des larmes en risée, Car sa proie, elle, en haut, s’est ridiculisée. * On ne devrait pas croire à l’idée obsolète Qui veut, pour le gentil, que le méchant soit bête. (1) Les pleurs de l’animal sont des vagissements Qui ne ressemblent pas à des rugissements.

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Cette entrée a été publiée le 13 février 2012 par dans Reptile, et est taguée .
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