Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Le mille-pattes en cloques


Les petits petons ! Un mille-pattes qui fait mille mètres fait-il un mètre par patte ?
Si non, pourquoi en a-t-il autant ?

Chacun sait la douleur que provoque une ampoule,
Surtout lorsqu’elle éclate et que le pus s’écoule.
Pas l’ampoule à la tête, où l’on dit « Eurêka ! »,
Mais celle où se mouvoir devient très délicat.
Tachez d’imaginer cette douleur tactile
Si vous avez le pied multiplié par mille…
Un mille-pattes fut touché par ce malheur, Où même en pas à pas (1) il bavait de douleur. Il croise un ver à pieds, un de ses homologues, Connaissant le meilleur de tous les podologues : « Il est dans son domaine expert de l’estropié ; Pas le temps de dire « Ouf ! » qu’il te remet sur pied. On dit qu’il referait marcher un cul-de-jatte N’était clopin-clopant, serait-ce à cloche patte. » Et laisser le boiteux et son pas mutilé, Qui sait que cet éloge est bien trop ampoulé. À cors et cris d'enfer sur son train de chevilles, Il se fait dépasser par un train de chenilles Qui file à train d’enfer dans une direction Qui semblerait conduire au lieu de curation. « Pourvu, s’exclame-t-il sur un ton alarmiste, Qu’ils n’aient pas rendez-vous avec le spécialiste ! » Ce doux vœu, nonobstant, Dieu ne le lui fit pas, Si bien qu’il fut dernier en salle des cent pas. « On fait de ce docteur bien trop de dithyrambes, Et moi, ça ne me fait que mille belles jambes ! » Se dit le myriapode en découvrant soudain Qu’il peut bien se passer de ce grand mandarin :
« D’une épingle et d’un fil je perce mes ampoules, Sans attendre les soins de l’idole des foules. Dans la vie, amigo, ne compte que sur toi. Que chacun se débrouille, alors chacun pour soi ! Pardon, s’excuse-t-il auprès d’une chenille. Connaissez-vous quelqu’un disposant d’une aiguille ? » On aura beau vouloir s’émanciper du monde, On aura vite fait de rentrer dans la ronde. (1) On pourrait s’endormir à compter ces petons, Comme on peut s’endormir en comptant les moutons.

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Cette entrée a été publiée le 28 janvier 2012 par dans Myriapode, et est taguée .
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