Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Dormir comme marmotte (1)


Un titre un peu ronflant ? Il est tellement naturel de se servir de ces expressions que je n’y fais plus attention. Ça vient tout seul et l’histoire avec …


Aux sommets enneigés des Alpes de Savoie,
Vivait une marmotte ayant perdu sa voie.
Elle en prit son parti, puis fit son balluchon,
Et partit sur-le-champ s’offrir un reblochon.

Elle cédait souvent à ces frasques soudaines,
S’y familiarisant depuis quelques semaines,
Si bien que le fermier, fromager par ailleurs,
Voulait la mettre au mur comme les empailleurs.
Mais a-t-on déjà vu la peau d’une marmotte Sur un mur de Savoie ? (et de plus de la hotte ?) Autant dire que non, bien qu’il ne soit pas né Celui connaissant tous les mûrs du Dauphiné. Voilà donc le rongeur, un beau soir de raclette, Venu pour dérober son plat de tartiflette (De la pomme de terre avec un peu de lard, Couvert de reblochon pour faire savoyard) Qui trouve le fermier l’attendant de pied ferme Dans l’espoir de garnir un des murs de sa ferme. Or, pour sa vigilance, un instinct régional Le pousse au génépi, l’acolyte fatal. La marmotte en profite au titre que la chance N’a jamais pour chacun la même bienveillance, Et que dame infortune a de plus le pouvoir De s’offrir plus souvent aux piliers de comptoir. « Cré vingt dieux ! dit au jour l’hôte de l’endémie. N’ai-je donc autant bu que pour cette infamie ? Dois-je me résigner aux caprices du sort Me livrant aux fonctions de veilleur qui s’endort ? » Ainsi se plaint l’ivrogne aux dieux et leurs déesses Au lieu de s’accuser de ses propres faiblesses.
Ces prières, pourtant, bien loin d’aller aux cieux, S’écoulent vers la cave, endroit fort silencieux, Où dort cette marmotte au titre qu’une fée A placé le destin dans les bras de Morphée. C’est un fait bien connu qu’au chapitre sommeil On n’a rien fait de mieux, depuis, sous le soleil. Sous ses traits endormis on devine le songe, On y voit le plaisir chaque fois qu’elle y plonge. Repose-toi l’amie et sache qu’au premier On déverse une larme au repos du fermier. L’un dort à son content, l’autre à son préjudice, L’un par son naturel et l’autre par son vice. (1) J’ai pris le meilleur angle en visant les marmottes Pour ne pas dévoiler qu’elles mangent leurs crottes.

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Cette entrée a été publiée le 13 décembre 2011 par dans Fouisseur, Mammifère, et est taguée .
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