Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Le fouet (1) du rottweiller


Détourné de sa fonction au profit de la fatuité, j’ai voulu rendre honneur à ce chien qui n’a rien demandé à personne …

Issu de l’Allemagne où sévit un führer
Le chien qui fait fureur se nomme rottweiller.

On le croise souvent dans la race vigile,
Attentive à montrer une image virile,
Et parfois en banlieue où son maître, rasé,
Prend un air nostalgique au seul nom de frisé.
Mais quel que soit le nom de son propriétaire, On le prend pour combler son peu de caractère. Et voilà que la nuit s’étend sur les cités, Où quelques aboiements calment des empotés. Un de ces rottweillers qui vivait en otage Entre une laisse raide et son deuxième étage Ne devait son bonheur qu’aux fugaces instants Où venait l’écureuil des bosquets subsistants. Le rongeur dit un jour à ce chien de parade : « Veux-tu venir demain pour faire une balade ?» L'autre ne pipa mot, se demandant, pensif, S'il voulait plaisanter ou s’il était naïf. « Alors ? Tu ne dis rien ? fit l’intrus en visite. Serais-tu fier au point de mourir en ermite ? » « Je ne suis fier de rien, répondit le cador. Devrais-je me flatter de vivre au mirador ? »
« Mais tu peux te vanter d’un atout dérisoire. Par exemple ma queue est l’objet de ma gloire » Une nouvelle fois, le cabot ne dit rien. La sienne était petite, et il le savait bien. « Ma fierté, pensa-t-il, c’est celle de mon maître : Orgueilleux de m’avoir, de me faire paraître. Nous étions des bouviers le plus fameux fleuron, Et me voilà déchu toutou de fanfaron. » L’écureuil, insistant, rapportait au cerbère Les cris de ses enfants et l’aise de leur mère, Les parcours savoureux que l’on faisait aux bois, Le goût d’une noisette ou l’odeur d’une noix, Et le chant des oiseaux imposant le silence, Tant on sait qu’en son chœur c’est l’amour qu’il encense. Le pauvre rottweiler qui retenait ses pleurs Savait que s’il fallait comparer leurs bonheurs Quiconque un peu moqueur prendrait comme critère Cette queue écureuil et son fouet de cerbère. (1) Appendice caudal attitré du féroce ; Chien croisé de berger et de race molosse.

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Cette entrée a été publiée le 19 novembre 2011 par dans Canidé, Mammifère, et est taguée .
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