Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Un pet de lapin


Seule fable « ésopienne » de mon catalogue, puisque reprenant le thème du rat des villes/des champs.
Avec, toutefois, un autre animal pour vous mettre au parfum …

Un connil fort urbain fut l’invité d’un jour
Aux noces d’un Garenne, un cousin de Saint-Flour.

Il promet de venir, tout en condescendance,
Enflé de prétention, bouffi de suffisance,
Afin d’impressionner ce monde pastoral
Pour lequel il éprouve un dégoût viscéral.
lapin 2Il se vêt d’angora, soucieux de son allure, Désireux d’éblouir de toute sa culture Ce tas de péquenots pour qui l’urbanité N’est qu’un mot sans valeur et sans utilité. C’est un lapin chasseur qui l’accueille à la porte, Le présente au marié qui demande main-forte Pour laver les couverts du repas de midi Et ranger tous les plats de celui du jeudi. En lapin raffiné, brillant d’humeur égale, Il s’attelle à la tâche avec l’âme joviale, Affectant d’apprécier ce travail ménager Dont il semble très fier de savoir s’obliger. Au vu de cette humeur, on lui propose ensuite D’aller aux cabinets réparer une fuite, Puis, lorsqu’il a fini d’astiquer les carreaux, D’animer au salon les jeux des lapereaux. Semblant indifférent à ces corvées idiotes, Il s’oblige lui-même à râper les carottes, À faire plus encor, comme pour démontrer Qu’en n’importe quel cas il pourra s’illustrer. (Alors qu’il veut briller aux yeux d’une lapine Dont le train fait monter son taux d’adrénaline.) « Alors ? » demande-t-il à son brave cousin Dont le sort fraternel l’a commis en voisin. « Alors quoi ? » répond l’autre avec cet air stupide De qui l’on ne sait pas s’il est bête ou candide. Son cousin le sachant, ou croyant le savoir, Se retient de son mieux pour en rien ne devoir Rire au nez du marié, qui de plus est son hôte, Et lui semble affligé d’un défaut de jugeote. Dans cette retenue à laquelle il s’astreint Il pressent survenir, d’un sourire contraint, Un de ces pets véreux dont on sait à l’avance Qu’ils vont développer toute leur pestilence. (Sans qu’on sache pourtant quel en est leur auteur, Ravi de leur silence et moins de leur odeur.) C’est le genre de gaz où tout le monde chante Qu’un gamin s’est servi d’une boule puante.
lapin 1Mais lorsque le pet sort, le chantre du moral Accuse son cousin du domaine rural. Or, l’autre qui n’est sot qu’en matière d’usage N’a plus en circonstance aucun désavantage. Il y voit même aubaine à montrer ses égards En donnant des leçons sur les us campagnards : « Mon cousin, fait-il voir à l'accorte lapine, Qui nous vient de la ville et qui pète en sourdine, Ne sait pas que chez nous on a le pet bruyant, Et qu’on s’en réjouit sans aucun faux-fuyant. »
Il suffit qu’un cousin soit de Neuilly-sur-Seine, Pour qu’on sache aussitôt quel bon vent nous l’amène.

3 commentaires sur “Un pet de lapin

  1. romain rouviere
    1 mai 2014

    Trop bien un peu trop long mais bien j ai adoré j ai 12 ans j ai aimé car j ai des lapins

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  2. Bonnefoy Camille
    8 avril 2014

    Je ne connaissais pas… C’est justement écrit, je récupère car je ne veux pas oublier. A Nice, il y a un plat qui se nome « les pets de lapin » , je vais en rechercher l’origine. A bientôt

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  3. pierrot29
    6 juillet 2011

    Brillamment jubilatoireS'il était encore de ce monde, ce pauvre LaFontaine en serait vert de jalousie.

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Cette entrée a été publiée le 2 mars 2011 par dans Herbivore, Mammifère, et est taguée .
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