Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

Le bourdon du cafard


Je ne pouvais pas faire une fable sur le cafard sans parler du bourdon.
Et inversement.
Doublement morose …

Un cafard déprimé rentrait des funérailles
D’un compère écrasé par droit de représailles
D’un maître de logis par avant ombrageux
Qui, depuis quelque temps, s’était fait orageux.

Il retrouve son nid, mais d’une humeur chagrine,
En grimpant le placard de l’évier de cuisine,
Et se voit renfiler son blouse de travail
Avec le même entrain que rentre le bétail.
Il tente de chasser toutes ses idées noires En récurant des plats, des poêles, des passoires, Et se dit en grattant le reste calciné D’un plat que l’on a trop longuement mitonné : « Un cafard pourrait-il sombrer dans la folie Si le sort le destine à la mélancolie ? J’aimerais m’épancher, trouver cette âme soeur Qui saurait écouter les tourments de mon coeur. » C’est alors qu’il entend comme étrange murmure Un ronron régulier de bien mauvais augure ; Il se cache aussitôt derrière l’égouttoir Et découvre un bourdon qui semble à bout d’espoir En posant son malheur sur une casserole, Et s’écriant chercher quelqu’un qui le console. La blatte lui fait signe et s’approche de lui, Se disant que le blues est dans l’air d’aujourd’hui, Mais se disant surtout que d’écouter le pire Pourrait chasser ce spleen imposant son empire. « Oyez ma noire humeur, dit l’insecte volant. N’ai-je pas tous les airs d’un cadavre ambulant ? Un bourdon ne peut-il s’ôter cette manie De sombrer chaque jour dans la neurasthénie ? » Questionne-t-il ensuite avec l’air du barbier Apprenant que son fils est le fils du plombier.
« Voilà ! dit le cafard. C’est cela qui me hante. Notre morosité me semble équivalente. Doit-on se réjouir ou doit-on s’affliger Lorsque l’on fait la paire à se décourager ? Est-ce plus de misère ou bien moins de fortune Que se voir partager la détresse commune ? » « C’est vrai, dit le volant d’un geste d’abandon ; Vous filez le cafard, je file le bourdon. N’allons pas rajouter mes malheurs à vos drames, En restant séparés pour la paix de nos âmes. » La morale, bien sûr, concerne le moral : C’est cafard OU bourdon, car les deux c’est fatal.

2 commentaires sur “Le bourdon du cafard

  1. Curare-
    3 août 2017

    Et je me pique d’1 fard blafard
    Cette acuité de caméléon
    Ce miroir convexe en gyrophare
    Mettant à mal mes vers en haillons ______Merci de me réconcilier avec la poésie

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  2. François
    25 avril 2014

    C’est écrit avec grande majesté,et cette morale bourdonnante fait envie… de tordre le cou du canard ! Le cafard, dites-vous ?

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Cette entrée a été publiée le 11 décembre 2010 par dans Insecte, Rampant, Volant, et est taguée .
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