Outre-fables

Il me plait de croire, puisque personne ne le saura jamais, que si La Fontaine m'avait lu, il m'aurait adoré

El tauromador (1)


Pour cette fable j’ai dû rajouter une annotation dans le titre parce que mon premier lecteur n’avait pas compris qui torréait quoi. J’ai donc inventé « homméer » pour que le taureau puisse prendre la place du matador …

Un jour de Pentecôte, en cité de Séville, 
Le grand tauromador piquait la banderille.
On l’opposait ce jour aux cornes d’un cocu : Un homme dont l’amour n’avait pas survécu, Et pour qui les gradins se remplissaient d’ivresse Dans l’espoir d’observer sa corne vengeresse. Afin de rappeler son passé conjugal, On avait reproduit le portrait du rival Au milieu de la cape, où, selon sa vaillance, On saurait le traiter avec condescendance. Mais si, contrairement, il se montrait couard, On ôterait la vie et la queue au cornard. Alors, en attendant qu’il morde la poussière Le grand tauromador, en habit de lumière, Semblait nourrir son cœur des noirceurs du tunnel D’où sortait le jouet d’un drame passionnel. Dans toute cette histoire on trouvait équitable Que le bon ait une arme en face du minable ; Mais s’il n’emportait pas ce combat inégal, Cela provoquerait un tollé général. Pour un côté, la mort, et pour l’autre la honte, Il était convenu que chacun ait son compte ; Et même si leurs sorts contrastaient fortement, Il fallait, du public, flatter le sentiment.
Or, en ce jour de fête, en belle Andalousie, La plèbe s’étonna du peu de jalousie, De cet homme trompé qui leur devait du sang Mais semblait tout à coup se montrer réticent. C’était bien peu sportif et manquait d’élégance De la part d’un cornard assoiffé de vengeance. « Je ne reproche rien à ce tauromador, Et n’ai pas de grief envers le picador ! Si vous mettez mon cas sur la place publique, Veuillez que mon rival y soit à l’identique ; Puisque vous m’obligez à laver mon honneur, Laissez nous en découdre à fournir un vainqueur ! » L’aficionado, n’aimant pas la critique, On sortit le fusil pour tuer l’hérétique, Puis on prit un cocu sans problème d’ego, Et le tauromador, rejouant l’hidalgo, Retrouva tout l’honneur de cette Pentecôte, Renvoyant cette histoire au rang de l’anecdote. La sagesse d’un seul contre raison de tous C’est comme un grain de riz dans un plat de couscous. (1) Imaginez la bête à l’homme suppléant : Un taureau matador dans l’arène « homméant ».

toromador

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Cette entrée a été publiée le 8 décembre 2010 par dans Herbivore, Mammifère, et est taguée .
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